Architecte d’intérieur et designer, Manijeh Torfeh est diplômée de l’École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de Paris (section architecture intérieure).
Lauréate du concours du meuble contemporain organisé en 1968 par le Centre technique du Bois et de l’Ameublement de Paris, elle a été ensuite, à son retour en Iran, son pays d’origine, consultante en architecture intérieure auprès du Ministère de l’organisation du Plan.
En Iran, elle a travaillé pour la cour impériale, concevant et réalisant l’aménagement, et parfois la restauration, la transformation et le réaménagement de plusieurs palais, jardins et résidences (palais de Saadabad, de Nowshahr, de Niavaran et de Jahan nama). C’est au contact du patrimoine architectural et artistique de la Perse et en particulier de la dynastie Qadjar, mais aussi à l’occasion d’une étude approfondie de l’artisanat persan (qui l’a conduite à diriger un documentaire sur le sujet) que Manijeh Torfeh a développé le style très personnel qui caractérise ses créations les plus récentes : une sorte de rêve éveillé du palais oriental où se mêlent les lignes et les matériaux les plus futuristes.
Parallèlement à ces travaux, un certain nombre de commandes d’État lui ont donné l’occasion de se familiariser avec des projets aussi divers que ceux d’une bibliothèque pour l’université de Téhéran, d’un complexe de bureaux pour la radio-télévision nationale, d’un internat pour enfants handicapés mentaux d’une capacité de trois cent places (dortoirs, clinique), de bibliothèques publiques, de pavillons d’exposition, de salles de conférences, d’hôtels et de banques ...
Les travaux d’architecture intérieure réalisés à Téhéran, puis a Paris, Nice et Cannes pour des particuliers, ajoutent une dimension moins monumentale, plus "intimiste" à la trajectoire de Manijeh Torfeh. En concevant la décoration intérieure de nombreuses villas ou appartements, mais aussi de restaurants, de bureaux d’ambassade et de groupes industriels, elle est parvenue à concentrer les moyens de son art et la puissance de son effet pour atteindre une symbiose parfaite et unique de tous les styles et de tous les genres qui ont contribué à façonner sa démarche.
Ce n’est pas un hasard si aujourd’hui Manijeh Torfeh livre l’essence de sa vision à travers une série de tables à trésors, onze pièces de mobilier d’intérieur qui sont autant de points de vue singuliers sur son art.
Tout se passe comme si la décoration intérieure devait nécessairement trouver son point d’orgue dans le design, cette poésie plastique absolument déliée des liens qui rattachent encore l’architecture intérieure à l’architecture tout court, et qui ne dépend que des contraintes internes à l’orchestration de la forme et des matières. La discipline de la création s’y dévoile à l’état pur, dans la conception de structures inouïes où le meuble est toujours en même temps un tableau, une abstraction lyrique et géométrique où le regard est invité à se perdre.