Table de salle à manger composée :
C’est bien le jour et la nuit que ces deux matières ici enchâssées l’une dans l’autre, le chêne clair et le granit gris foncé. Le plateau zébré par les bandes parallèles et alternées de ces deux éléments est en lui-même une attraction. Il suffit de passer la main sur cette surface pour s’en rendre compte : le contact froid de la pierre se mêle curieusement à celui familier du bois qui, par contraste, semble presque chaud. Le paradoxe s’annonce au bout des doigts : le jour et la nuit. Mais comme en rappel, le piètement cubique est lui aussi strié, ou plus exactement évidé, aéré de façon systématique : les cinq lames parallèles de chêne clair qui le forment donnent l’impression qu’on aurait creusé un bloc de bois massif pour y laisser passer la lumière. A l’agencement périodique de la pierre et du bois sur le plateau répond donc ici une sorte de répétition ordonnée du plein et du creux, de l’opacité et de la lumière.
Comme dans "Babylone", c’est dans la pénombre que la puissance suggestive de cette alternance se manifeste le mieux, quand la lumière doit passer par un filtre ou un prisme qui la diffuse en bandes parallèles.
De jour, le piètement produit un curieux jeu d’optique qui laisse entrevoir, dans les lignes de fuite dessinées par les lames, l’arrière plan de la pièce où la table est posée. Si le regard se déplace le long d’une ligne virtuelle, parallèlement au profil de rive du plateau, le jeu de la transparence et de l’opacité semble animer tout le décor par une sorte d’effet de stroboscopie inversé où l’alternance périodique de l’image et de l’écran semble mettre en mouvement une scène jusque là immobile. Tout comme le contact chaud-froid du plateau donnait vie à la surface en éveillant sous la main une sorte de paradoxe tactile, l’agencement alterné du plein et du vide dans le piètement anime l’image de fond en l’occultant de manière périodique, en créant un "bougé" délicieusement troublant.
De nuit, c’est une sorte de révélation de l’invisible, réfracté en négatif à travers les lames.
L’unité : 23632 € HT